Karine Lehongre-Richard

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Silence : ça tourne sur le RER A !

19022019

Peut-être vous en souvenez-vous : plusieurs scènes de films emblématiques ont été tournées dans les gares de la ligne A. On pense naturellement à « Subway« , de Luc Besson, sur les quais de la gare d’Auber, mais bien d’autres encore utilisent le décor urbain et quotidien de millions de franciliens qui empruntent notre ligne.

Courant février à nouveau, les abords d’une gare de la ligne A se sont transformés en plateau de tournage pour la 8ème saison d’une célèbre série française, « Clem« , diffusée sur TF1 depuis 2010. Elle retrace les péripéties de Clémentine, une adolescente tombée enceinte à l’âge de 16 ans. Vous pourrez donc y apercevoir prochainement la gare de Noisy-le-Grand, qui a été élue par les producteurs pour tourner quelques scènes.

Aussi, pour vous parler du RER A au cinéma, j’ai rencontré Karine Lehongre-Richard. Elle orchestre tous les tournages qui ont lieu sur le réseau RATP, en région parisienne, depuis une dizaine d’années. Une expérience à la fois prestigieuse et remarquable qu’elle a accepté de nous dévoiler ici.

Sophie : Bonjour Karine, à travers ton métier, depuis 2006, tu as rencontré les plus grands acteurs du cinéma français et international. Est-ce que tu étais destinée à travailler pour le cinéma, avant de travailler à la RATP ?

Karine : Pas du tout !

Bien sûr, j’ai toujours été passionnée de cinéma, mais j’ai débuté à la RATP en tant qu’agent de station sur la ligne 13. En 1998, dessinatrice industrielle de formation, j’ai intégré le département de la communication de l’entreprise, où j’ai d’abord été chargée de l’aménagement des stands RATP dans les salons institutionnels (Salon des maires, UITP, GART, etc.), puis j’ai rejoint les équipes de l’événementiel et celles de la publicité.

Dans le cadre de mes différents postes, j’ai suivi de nombreuses formations. Titulaire d’un BTS en communication des entreprises, mon profil était très polyvalent et on m’a proposé, en 2006, toujours au département  « communication », de m’occuper de la gestion des tournages de films, de séries et des publicités sur le réseau.

S : Quel est ton rôle précisément dans la réalisation de ces tournages?

K : Je lis les scénarios et, en fonction de la séquence qui se passe dans le métro, le bus ou le RER, je dois avec mes collègues des différents départements trouver une solution technique, pour la faisabilité du tournage. Évidemment, l’idée c’est de ne pas perturber le trafic et donc d’être le plus transparent possible pour les voyageurs!

S : Sur le RER, en particulier, cela doit être particulièrement compliqué… On imagine bien qu’il n’est pas simple de filmer des rames pleines de voyageurs, ni de privatiser une rame… Comment ça se passe ?

K: Effectivement, les tournages dans le RER sont plus difficiles à organiser.

Je gère une soixantaine de tournages chaque année, sur le réseau RATP. Ils sont organisés en priorité sur les lignes peu fréquentées, et quelques fois dans  la station cinéma « Porte des Lilas » qui n’est pas accessible aux voyageurs, car dédiée aux tournages. Il est aussi possible de privatiser une voiture centrale aux heures creuses, sur la 3bis, la ligne de métro la moins fréquentée, à condition que l’équipe de tournage compte moins de 50 personnes. Cela est aussi envisageable sur les autres lignes, y compris sur le RER, mais seulement si l’équipe de tournage compte moins de 10 personnes. C’est vraiment peu quand on sait qu’un tournage « Porte des Lilas » peut recevoir une équipe qui compte jusqu’à 150 personnes.

Dans le RER A, quand on tourne en exploitation en équipes extrêmement réduites, le tournage va se passer sur l’une des branches de la ligne, qui sont moins fréquentées, et dans les parties hautes d’une rame, donc un espace assez réduit qui va être bouclé. De cette manière, les voyageurs ne remarquent pas notre présence, comme ce fut le cas sur un tournage dans le RER A justement, pour le film « Personnal Shopper« , dans une scène avec Kristen Stewart, il y a quelques années.

S : On peut tourner la nuit aussi, quand il n’y a plus de voyageurs ?

K : Oui, sur le RER, c’est ce que je privilégie. Mais c’est aussi beaucoup de contraintes d’organisation pour la production. Le temps est compté la nuit : entre la fin du service et le début du service le lendemain, l’amplitude est très courte. Et le temps de tout mettre en place, on a à peine plus de 2 heures utiles… Le tournage peut s’étaler sur plusieurs nuits consécutives. C’est assez compliqué à gérer finalement.

La nuit, mon rôle, c’est aussi d’assurer la liaison avec les postes de commandement et en coordination avec tous les services nécessaires, comme si nous réalisions des travaux sur la ligne. On reste sur des lignes ferroviaires et la sécurité reste toujours la priorité !

S : Tu es présente sur tous les tournages du réseau depuis 12 ans, aux côtés des plus grands noms du cinéma français et international. Tu nous as parlé déjà de « Personnal Shopper« . Quels sont les autres films emblématiques qui t’ont particulièrement marquée sur la ligne A ?

K :On ne tourne pas que des films, on tourne aussi des publicités dans nos espaces. Je pense notamment à celle du parfum « Mon Paris« , d’Yves Saint Laurent, dans les couloirs de la gare d’Auber.

Une séquence du film « A bout portant« , de Fred Cavayé, a également été tournée dans cette gare. On y voit Gilles Lellouche dévaler un escalier mécanique à contresens.

Pour « Un illustre inconnu« , de Matthieu Delaporte, une scène avec Matthieu Kassovitz a été tournée dans une rame de RER A, tout comme le film « Dieu Merci » de Lucien Jean-Baptiste.

Ce sont quelques exemples, mais il y en a beaucoup d’autres… Et je ne suis là que depuis 12 ans.

Le RER a plus de 40 ans maintenant. C’est la collaboration avec nos collègues des différents départements qui permettent de réaliser les tournages.

S : Justement, un très beau livre intitulé « Les lignes du 7è Art : Histoires du cinéma à la RATP » est paru le 24 janvier, aux Éditions du Cherche Midi. Comment est né ce projet ? Tu y as forcément contribué.

K : C’est un livre qui a été réalisé par Fabienne Waks. Bien sûr, on m’a demandé d’y évoquer mon expérience. C’est un recueil de photographies et d’archives qui raconte le lien tissé au fil des années entre les transports parisiens et le cinéma. Le métro, le bus et le RER font partie intégrante de l’ADN de la région parisienne, c’est donc tout naturellement que le 7ème Art s’en inspire et s’y installe également !

S : Merci Karine pour ce témoignage. Grâce à toi, mes trajets en RER auront maintenant un petit goût de cinéma et j’espère que ce sera le cas également pour tous les lecteurs de ce blog.

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  • Hoy3

    Euh, c’est Nation ligne 2 ça, tête de quai, sur la photo de couverture…

    • Sophie

      Bonjour Hoy3,

      Oui je le confesse, je n’ai pas organisé de séance photo avec Karine, elle disposait de photographies lors de tournages. Et puisqu’elle gère tous les tournages du réseau RATP, la photo a été prise dans le métro!

      Bien à vous,

      Sophie