Isabelle et Antonio à Rueil-Malmaison

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Rencontre avec des conducteurs du RER A [1/3] : Comment se passe le recrutement ?

15092017

Ils vous conduisent et vous les apercevez tous les jours dans leur cabine à leur arrivée en gare. Pourtant  le métier de conducteur est  assez méconnu des voyageurs. Je suis allée à la rencontre de 4 d’entre eux, pour vous permettre de mieux les connaître. (Partie 1)

J’ai rencontré Isabelle et Antonio, puis Thomas et Sébastien, les premiers sont conducteurs à la RATP et les seconds « agents de conduite » ou « mécaniciens* » SNCF Transilien (c’est comme cela que l’on appelle les conducteurs à la SNCF).  Ils m’ont tout d’abord expliqué pourquoi et comment ils sont devenus conducteurs et vous verrez que le processus de recrutement est différent entre les deux entreprises. C’est l’objet de ce premier billet.

Dans quelques jours, je publierai la suite de cette interview, dans laquelle ils vous parleront de leur métier de conducteur et de leurs préoccupations au quotidien.

Enfin, comme  il n’est pas rare que vous me demandiez de remercier tel ou tel conducteur qui vous a informé à bord, en direct, lors d’un incident ou suite à un retard sur le blog, et c’est le cas également sur Twitter, j’ai souhaité échanger avec eux à ce sujet également. J’y consacrerai un troisième billet qui nous permettra d’échanger ensemble autour de ce thème qui vous touche tout particulièrement.

Pour lire la deuxième partie de l’interview, sur le quotidien des conducteurs de la ligne : cliquez ici

Pour lire la troisième et dernière partie de l’interview, sur le la prise de parole à bord : cliquez ici

Isabelle, Antonio, vous êtes conducteurs pour la RATP sur la ligne A. Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Isabelle : Je travaille à la RATP depuis 1988, j’ai commencé en tant qu’agent de station au métro -à l’époque on nous appelait « chef de station »-.  J’ai travaillé sur la ligne 9, à Auber, Richelieu Drouot ou encore à Mairie de Montreuil.  Au bout de quelques années, j’ai voulu connaître autre chose, mais je ne me destinais pas forcément au métier de conducteur. Ce n’est pas évident de conduire seule des centaines, voire des milliers de personnes, c’est une grande responsabilité. Mais j’étais tentée quand même, j’avais envie d’évoluer, de changer de métier. Et ça  a été le coup de foudre finalement, justement du fait de cette autonomie et de la responsabilité qu’elle induit !

Antonio : Au contraire, moi j’ai toujours voulu être conducteur. C’est un rêve de gosse ! Mes parents étaient espagnols et ils n’avaient pas le permis : ni l’un, ni l’autre. On voyageait toujours en train. Donc pour moi c’était synonyme d’évasion et de voyage.

Je travaille à la RATP depuis 1998. Je suis entré en tant que « chef de manœuvre », c’est comme cela que l’on appelait les aiguilleurs dans le métro. Je travaillais en terminus et je m’occupais des « dé-garages/garages » des trains [c’est-à-dire sortir et faire rentrer les trains des voies de garage pour les faire circuler sur la ligne]. On gérait aussi les lavages et on était en contact avec les conducteurs et le poste de commandement de la ligne. Cette première expérience m’a permis aussi de mieux connaître les conducteurs, et de confirmer que c’était vraiment ce métier auquel je me destinais.

Tous les deux, vous avez donc eu un premier métier, autre que conducteur, au sein de la RATP. Mais le recrutement des conducteurs dans l’entreprise peut aussi se faire directement, il me semble ?

Antonio : Oui, en effet. Pour devenir conducteur de RER à la RATP, on est d’abord conducteur de métro. Et pour devenir conducteur de métro, on peut soit être recruté en interne, une partie des conducteurs de métro sont d’ailleurs recrutés parmi les « machinistes », c’est comme cela que l’on appelle les conducteurs de bus. Mais pas uniquement, et nous en sommes la preuve. Une partie des conducteurs sont aussi recrutés directement en externe.

Isabelle : Dans tous les cas, il y a un concours. Le processus de sélection est assez long. Il y a des tests psycho techniques, une visite d’aptitude médicale bien sûr et plusieurs examens : des oraux et des écrits, chacun est éliminatoire.

Antonio : On est conducteur pour le métro pendant minimum 10 ans pour tenter le concours de conducteur de RER. Et là, on a encore 3 mois de formation, avec d’autres tests et examens complémentaires, avant d’obtenir le graal : être conducteur de RER ! Nous sommes environs 500 conducteurs côté RATP pour la ligne A.

Vous conduisez uniquement sur le RER A. C’est un choix ?

Antonio : On ne conduit que sur la ligne A, puisque notre attestation de conduite ne concerne que cette ligne. La B est une ligne différente, ce ne sont pas les mêmes trains, pas la même signalisation, bref, pas la même conduite !

Isabelle : Et conduire sur la ligne A oui, c’est un choix. D’ailleurs c’est une ligne qui est très demandée des conducteurs. Et aujourd’hui avec le MI09, on conduit la Rolls Royce des RER !

Sébastien, Thomas, pour les conducteurs  SNCF c’est différent, non ? Vous pouvez conduire sur les trois lignes L, A et J, il me semble ?

Thomas, agent de conduite Transilien
Thomas, agent de conduite Transilien

 

Thomas : Effectivement, la formation est  différente à la SNCF, notamment parce que le réseau est organisé différemment. Les voies des branches Cergy et Poissy ne sont pas dédiées à une seule ligne et les règles de conduite ou encore la signalisation sont différentes.

On postule pour être conducteur et on est embauché pour conduire dans une « région » donnée. Nous, sommes donc rattachés à la « région de Paris Saint-Lazare » et on conduit tous les types de matériels qui circulent sur cette partie de la ligne, c’est à dire ceux des lignes L, A ou J. On est d’ailleurs formés à la conduite sur l’ensemble du réseau de la SNCF, mais par contre, pour conduire un matériel donné, il y a des modules de formation spécifique. Ce que je veux dire, c’est que je ne suis pas habilité, par exemple, à conduire un TGV.  En fait, il faut avoir été conducteur de RER pendant 15 ans pour passer les examens et passer conducteur sur les trains grandes lignes. Ensuite, concernant le TGV, la sélection est encore plus stricte parce que c’est une réglementation particulière

Sébastien : Nous, nous sommes jeunes conducteurs, c’est-à-dire que l’on a été recrutés en tant que conducteurs depuis moins de 2 ans. Nous travaillons pour l’ « Etablissement Traction Ouest Transilien », qui gère 750 conducteurs pour toute la zone. Il y a 3 unités de productions au sein de cet établissement : Paris-Saint-Lazare, Achères et Mantes-la-Jolie. La plus grosse charge de production est assurée par les unités de Paris et d’Achères, où sont basés environ 300 conducteurs. C’est justement à Achères que se trouvent la majorité des conducteurs qui conduisent sur le RER A, il y en a environ 200 parmi les 300 conducteurs de l’unité et une soixantaine de jeunes recrutés, comme nous.

Sébastien : Comme à la RATP, on peut être recruté en interne comme en externe.

En externe, il faut avoir 18 ans, avec au minimum le bac. En interne il y a une sélection, mais c’est équivalent aux tests que passent les  candidats en externe. Une fois sélectionné, on suit une formation de 12 mois alternés entre la théorie et la pratique. La partie théorique correspond à une formation générique pour conduire sur le réseau ferré national (RFN). On part plusieurs fois dans l’année pendant un mois en centre de formation en province (Saint-Pierre-des-Corps, Rennes, Metz, Lille, Dijon ou Toulouse) avec d’autres jeunes conducteurs qui viennent de toute la France. Et il faut savoir que tout le monde ne va pas au bout de la formation. Tout au long de l’année, on est évalué et un échec est éliminatoire.

Et vous quel a été votre parcours pour devenir conducteur ?

Sébastien, en cabine de conduite

 

Sébastien : J’ai 38 ans, j’ai été recruté en interne. En fait j’ai été recruté à la SNCF en 1999, dans le cadre d’un emploi jeune. En 2003, je suis devenu contrôleur, mais je souhaitais évoluer. C’était à la fois une continuité dans mon parcours puisque contrôleur c’est aussi un métier de terrain, pour rester roulant et c’est très concret. Et à la fois un challenge de changer de vie et d’orientation.

Thomas : Moi aussi j’étais contrôleur auparavant, mais c’est vraiment le hasard, ce n’est pas forcément un cursus type, au contraire. J’ai 26 ans et je suis entré à la SNCF en 2011, au départ en job d’été et puis un peu toute l’année. Je travaillais sur de grandes lignes, donc je voyageais dans toute la France. Et ce sont mes collègues, au fil de mes rencontres et des voyages qui m’ont donné envie de devenir conducteur finalement. Par contre, j’ai passé le concours en externe : j’ai été recruté en tant que conducteur en 2014…

Ce qui est intéressant c’est de voir que vous avez tous les 4 des cursus et des profils assez différents pour faire le même métier, à savoir conduire nos clients au quotidien, en toute sécurité. Vous allez pouvoir nous en dire plus sur votre quotidien dans la deuxième partie de l’interview (que je publierai dans quelques jours sur le blog).

 

 

    À lire également

    Rencontre avec des conducteurs du RER A [2/3] : En cabine au quotidien!

    Rencontre avec des conducteurs du RER A [3/3] : La prise de parole à bord

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    • ml

      Bonjour Sophie,

      La semaine dernière j’ai voyagé avec le RER A qui fonctionnait convenablement cependant la ligne 14 était bloquée pour problème technique. Si j’avais eu cette information j’aurais pu continuer mon trajet sur le RER A afin de rejoindre mon lieu de travail. Ma question est donc la suivante pourquoi les conducteurs du RER A qui dépendent en partie de la RATP ne peuvent pas nous prévenir des problèmes sur les lignes de métro lors de nos trajets?
      Vous remerciant par avance.

      • Sophie

        Bonjour Ml,

        La première mission des conducteurs est bien de vous conduire en toute sécurité et les conducteurs ne donc disposent pas de ces informations spécifiques.:). J’évoquerai la question de la prises de parole à bord dans la 3ème (et dernière) partie de l’interview, vous prenez un peu d’avance mais c’est naturel puisque cest un sujet qui est très important pour les voyageurs. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai souhaité échangé avec Isabelle, Antonio, Thomas et Sébastien au départ.

        Concernant les perturbations sur les autres lignes, je vous conseille d’ajouter, via les applis RATP ou SNCF, une alerte ou un favori sur le trajet que vous effectuez. J’ai moi aussi plusieurs alternatives le matin et je jette un coup d’œil au trafic avant de sauter dans mon train. C’est le plus simple!

        Très bonne journée,

        Sophie

        • Merci pour ce moment

          Bonjour, mais pour ceux qui n’ont pas de smartphone (oui, il y en a encore), quelle est la solution à part la prise de parole du conducteur ? Merci.

        • Sophie

          Bonjour,

          Comme Chuppylulu vous l’a bien expliqué ci dessus, la prise de parole des conducteurs n’est pas toujours possible et le conducteur lui-même n’a pas toujours toutes les informations de perturbation sur d’autres lignes, tout simplement parce qu’il doit avant tout se concentrer sur la conduite de son train!
          Si vous n’avez pas de smartphone,dans certaines gares (comme à Cergy Préfecture) des écrans vous permettent également de savoir si telle ou telle ligne est perturbée, c’est ce que l’on appelle la « météo du trafic ». Même s’il est forcément bien plus confortable de recevoir directement un alerte sur son portable.

        • ChuppyLulu

          Pour compléter la réponse de Sophie : pour des raisons de sécurité, les conducteurs d’un train ne sont en liaison qu’avec les autres conducteurs et avec le Poste de Commandes et de Contrôle Centralisés de la ligne A (dédié à la ligne). Aussi, lorsqu’un incident a lieu sur la ligne, les conducteurs sont informés par le PCC et peuvent transmettre l’information aux voyageurs, mais tant les conducteurs que les agents au PCC ne disposent pas des informations de perturbations sur les autres lignes (encore une fois pour des raisons de sécurité : quand vous êtes au volant, vous devez vous concentrer sur la conduite et n’avez pas le droit de téléphoner par exemple, et bien c’est la même chose pour les conducteurs de métro et de RER, hormis donc les communications avec le PCC ou les communications de sécurité avec les autres trains).

        • philippoux

          C’est vrai et vous avez raison, par contre quand le RER est à l’arrêt (typiquement le RER sur le viaduc de Nanterre avec un feu rouge devant) il es rageant d’attendre longtemps sans aucun info.

        • Unfuturparisien

          Bonjours chère Sophie 🙂
          Je pense de plus en plus à vouloir intégrer la RATP en devenant conducteur sur Métro ou RER, hélas je vis encore en province et je n’ai que le brevet des collèges.
          Pensez vous que j’aurais néanmoins un petite chance d’y parvenir (aussi mince soit-elle) ?

          Cordialement

        • Sophie

          Bonjour futur Parisien,

          Vous avez bien raison car c’est un très beau métier 😉
          Par contre il va falloir encore travailler un peu à l’école, parce que pour devenir conducteur de métro il faut avoir 21 ans et un bac +2 🙂 Plus d’infos ici: https://www.ratp.fr/recrutement/offre/conducteurtrice-de-metro
          Pour le RER, c’est un peu plus long, il faut un peu d’expérience au métro, à la RATP (mais pas à la SNCF!). J’ai justement publié 3 billets sur les conducteurs il y a quelques semaines sur le blog. Le premier concerne le recrutement. Pour le consulter et en savoir plus : https://rera-leblog.fr/rencontre-avec-des-conducteurs-du-rer-a-13-comment-se-passe-le-recrutement/

          A bientôt,

          Sophie

      • nn

        Tous simplement qu’en partant de se principe, il faudrait le faire pour le bus, tram…
        Il y a les affichages à quai, en gare, en station… Et vous avez TOUS un smartphone pour jouer a « candy crush » ou autre connerie (quand c’est pas la musique à fond dans les oreilles)… donc autant l’utiliser correctement en regardant l’état du trafic quand vous changez de ligne…

        Le rôle du conducteur est de conduire et d’informer des incidents sur sa ligne (plus précisément lorsque son train en est impacté) et pas faire le boulot de la com…

        Si le RER A vous convenez pour vous rendre au travail et qu’il fonctionnait convenablement, pourquoi avoir voulu changer avec la 14 dans ce cas (reprendre la A depuis la 14, à gare de lyon j’imagine, était aussi simple que l’inverse, juste un escalator a descendre)

    • Hoy3

      Bonsoir Sophie,
      Inutile de répéter en note de bas de page ce que vous précisez juste après:
      « J’ai rencontré Isabelle et Antonio, puis Thomas et Sébastien, les premiers sont conducteurs à la RATP et les seconds « agents de conduite » ou « mécaniciens* » SNCF Transilien (c’est comme cela que l’on appelle les conducteurs à la SNCF) »

      *Dans le jargon SNCF c’est comme cela que l’on appelle les conducteurs.

      N’y voyez pas de reproches de ma part, simplement une correction :).

      • Sophie

        Bonjour Hoy3,

        Bonne remarque! A force de se relire on ne voit plus ce genre de répétition. Je vais le supprimer en effet!

        Merci pour cette lecture attentive.

        Bien à vous

        Sophie

        • cmfr

          Franchement en tant que voyageur le jargon SNCF-RATP ne m’intéresse pas …