Paroles d’expert : vos questions aux conducteurs SNCF

Publiées en août 2014

En 2012 puis 2014, l’ancien blog SNCF du RER A avait organisé des rencontres entre plusieurs lecteurs et des spécialistes de différents métiers au sein de l’entreprise.

Les questions et réponses ci-dessous sont tirées des échanges, qui avaient été retranscrits sur le blog.

Celles-ci sont consacrées à la conduite et aux conducteurs : lisez également notre autre page portant sur la gestion des circulations et ses « mystères ».

 

Comment se passe une journée d’un agent de conduite [SNCF] ?

En règle générale, le conducteur [SNCF] prend son service sur Cergy pour ceux qui travaillent à cette résidence.

Il est tout de suite utilisé sur un train au départ de Cergy et à son arrivée à Nanterre-Préfecture, il peut faire 3 tours de Cergy et rester sur cette branche ou parfois rester en réserve sur Nanterre-préfecture : il va être en attente pour couvrir 1 train si quelqu’un est malade, en retard ou bloqué en ligne…

Les conducteurs travaillent en horaires décalés : ils changent d’horaires tous les jours. Ils peuvent aussi terminer sur Achères : ils seront alors en découché et cela nous permettra de pouvoir les utiliser au départ d’Achères après un découché de 9 heures au lieu de 14 heures s’ils rentrent à leur domicile. En moyenne, les agents de conduite dorment 1 à 2 fois en dehors de chez eux. C’est ce qui nous permet d’utiliser un agent de conduite de soirée le lendemain en matinée.

 

Est-ce qu’il est vrai qu’un agent de conduite ne fait jamais plus de 3 trajets de suite pour éviter l’accoutumance ?

La limitation sur Cergy à 3 tours n’est pas à cause de l’accoutumance mais parce qu’en terme de réglementation de travail, cela nous ferait dépasser une amplitude horaire aujourd’hui fixée au maximum à 8 heures. Si un agent de conduite fait 4 tours sur la branche Cergy, cela fait 8 trains et cela ne tient pas ; par contre c’est possible sur la branche Poissy.

 

Pourquoi a-t-on une différence pour le même incident sur la branche Saint-Germain et Cergy / Poissy ? Y a-t-il une différence entre les agents de conduite sur la RATP et à la SNCF ?

Un conducteur que ce soit à la RATP ou à la SNCF, lorsqu’il commence une journée sur le RER A, il ne va faire que du RER A, par contre il est vrai qu’on a nous une contrainte : on n’exploite pas pareil.

Un agent de conduite sur la branche Saint-Germain reste sur cette branche alors qu’un conducteur chez nous sur une même journée, on les met soit sur Poissy, soit sur Cergy soit sur les deux. Et donc, lorsqu’un conducteur est sur Poissy et que l’on a un problème sur Cergy, ce conducteur-là, on aura beaucoup de mal pour le remettre sur Cergy.

 

Vous n’avez pas imaginé faire une sorte de brigade volante d’agents de conduite ?

Cela existe, c’est ce qu’on appelle chez nous le « POOL FAC Transilien » : ce sont des conducteurs qui, pour simplifier sont autorisés à conduire sur tout l’Île-de-France. On fait appel à eux, par exemple, lorsque l’on a une importante action de formation à mener chez les conducteurs très rapidement : il va falloir qu’on retire de la production pas mal de conducteurs à un instant T et la réserve qu’on a d’habitude ne nous permet pas d’assurer le plan de transport. On fera appel à cette équipe le temps nécessaire. Ils sont une trentaine de conducteurs.

 

Il y a des conducteurs très sympas qui font des annonces et d’autres rien : est-ce que le conducteur a une obligation professionnelle de donner des messages ? Il y en a même qui appuient sur un bouton pour dire qu’on est arrêté en pleine voie plusieurs fois, comme si on n’avait pas vu.

Aujourd’hui, la réglementation nous impose toutes les 5 minutes de renouveler l’information de sécurité à bord : c’est une norme imposée.

 

Donc il n’y a pas d’autres obligations ?

A la SNCF, on part de très loin sur l’information voyageur à bord des conducteurs puisque il y a encore 5/6 ans sur les autres trains, il y avait 2 agents à bord : un agent commercial qui, pour faire simple, fermait les portes, diffusait les annonces et renseignait les clients à bord, et il y avait le conducteur qui conduisait. On a mis en place l’EAS (Equipement Agent Seul), qui a fourni au conducteur tous les équipements pour fermer les portes, surveiller la montée, la descente des clients…et diffuser les annonces.

Seulement 16 000 conducteurs, on ne les change pas comme ça du jour au lendemain… aujourd’hui on peut dire que cela évolue positivement.

L’obligation qu’on impose aux conducteurs c’est déjà les annonces directionnelles (c’est à dire quand il y a une bifurcation comme à Maisons-Laffitte par exemple). L’agent de conduite est obligé soit d’utiliser le système qui fait automatiquement l’annonce, soit, si le système est en panne, de la diffuser manuellement.

On demande à diffuser des annonces de sécurité quand le train est arrêté, et diffuser des annonces en situation perturbée pour donner l’information au client.

Par contre, là où il y a des interdictions de communiquer, c’est lorsque le conducteur est en train d’appliquer une mesure de sécurité et quand il est en train de circuler en marche restrictive (par exemple lorsqu’un train ralentit, se traîne à 10 km/h mais ne s’arrête jamais). Il est dans une procédure de sécurité parce qu’il a rencontré une signalisation particulière, il circule sur un avertissement, il doit se consacrer au signal qui arrive parce que s’il le franchissait il pourrait rencontrer un autre train.

 

Que signifie les noms des RER ?

Chaque train a un nom qu’on nomme dans notre jargon un code mission : c’est l’assemblage de lettres et de chiffres. Un code mission c’est 4 lettres et 2 chiffres.

Les chiffres déterminent la direction du RER : un chiffre pair pour un train qui circule vers Paris et le chiffre impair pour Cergy ou Poissy (cette règle est la même pour tous les trains).

Les lettres déterminent la destination du RER :

  • La première lettre donne le terminus du RER (U pour Cergy-Le-haut, T pour Poissy, Q pour Marne-La-Vallée, D pour Noisy-Mont-Grand, O pour Torcy). Pour les trains, ce sont les premiers et deuxièmes chiffres (13 pour Paris-Saint-Lazare).
  • La deuxième lettre indique les missions (arrêts) (Y quand le train s’arrête partout jusqu’à Marne-La Vallée, I pour un train qui marque l’arrêt à Maisons-Laffitte et Houilles-Carrières et pas entre Val de Fontenay et Noisy…). Pour les trains, le troisième et le quatrième chiffre indique aussi la mission (54 à 58 pour Maisons-Laffitte…).
  • Les troisièmes et quatrièmes lettres ne signifient rien, elles servent juste à prononcer le code mission.

 

 

SophieVous souhaiteriez que j’approfondisse certains points abordés dans cet article ? Faites-moi part de votre suggestion, et j’interrogerai les spécialistes pour y répondre !

Sophie